Les Garcons de Rollin

Un film qui parle moins d'histoire que de jeunesse — de ses élans, de ses audaces et des mystères de la destinée.
Les Garcons de Rollin

Un film qui parle moins d’histoire que de jeunesse — de ses élans, de ses audaces et des mystères de la destinée. « Certains des garçons de Rollin se sont engagés dans la Résistance, d’autres dans la Milice ; mais la plupart étaient amis et, tout en étant conscients de leurs oppositions, partaient en vacances ensemble. A croire que le fait même de s’engager avait pour eux plus d’importance que la nature de leurs engagements. L’histoire de ce jeune Allemand qui s’est battu pour libérer la France et celle de ce Français (1) de bonne famille qui a pris l’uniforme allemand, la découverte, dans la valise de ce dernier, du poème Don de soi, “dédié aux FTP et à ceux de la Waffen SS”, m’ont fait mesurer à quel point rien n’était simple. »
    Pour rendre compte de ces ambiguïtés que certains documentaristes mettent au jour en dissipant le clair-obscur qui leur est attaché, il fallait approcher les fantômes de Rollin sans les effaroucher. Ménager le mystère, ajouter de la nuit à la nuit, créer de la distance, faire vivre le hors-champ. « Je me suis longtemps demandé comment filmer l’établissement, sans que ce soit comme dans un banal reportage télé, avec d’anciens élèves témoignant entre les murs du lycée. Je repoussais sans cesse le moment d’y passer. Jusqu’à ce qu’un matin je voie la neige tomber sur Paris. J’ai pris ma petite caméra et j’ai débarqué dans la cour, où j’ai tourné une bataille de boules de neige avec quelques élèves. » Cette séquence de pure évocation, qui se présente comme une archive, introduit Les Garçons de Rollin sur une tonalité presque irréelle, empreinte d’une émotion qui ne faiblit jamais.
Rien de plat dans ce documentaire, qui s’applique à donner aux jeunes gens une présence spectrale et nous permet de les envisager dans leur mystère irréductible et leur tragique humanité.     En ouvrant comme il le fait un espace à notre imaginaire, Claude Ventura accueille nos interrogations sur les destins antagoniques et les amitiés qui se sont nouées à Rollin. Son talent à suggérer par les moyens du cinéma la présence-absence de ces garçons dont photos, registres et témoignages portent la trace, signe l’habileté du chasseur de fantômes, autrement dit du cinéaste qu’est Claude Ventura.

Extrait de l’article de Télérama sur le sujet daté du 27 septembre 2014

Partager:

Autres articles dans la même catégorie

Il n'y a plus de publications
Il n'y a plus de publications