Noirs …? Juifs …? ou les deux …?

  Documentaire - Débat Lundi 8 février 2016 à 19h30 au Farband « Jacques Faïtlovitch et les tribus perdues » Un film de Sarah et Maurice Dores (durée : 1 h 18) présenté par Maurice Dores     Chercheur et cinéaste, Maurice Dorès a vécu en République Centrafricaine et au Sénégal avant d'enseigner la psychologie et l'ethnologie dans les universités parisiennes.
Jacques Faitlovitch

 

Documentaire – Débat

Lundi 8 février 2016 à 19h30 au Farband

« Jacques Faïtlovitch et les tribus perdues »

Un film de Sarah et Maurice Dores (durée : 1 h 18)

présenté par Maurice Dores

Maurice Dores    Chercheur et cinéaste, Maurice Dorès a vécu en République Centrafricaine et au Sénégal avant d’enseigner la psychologie et l’ethnologie dans les universités parisiennes. Il est un des animateurs, avec notamment Cheik Doukouré et Mariam Kabade, de l’Amitié Judéo-Noire. Son ouvrage « La beauté de Cham, mondes juifs, mondes noirs » (Balland, 1992) fait référence tandis que son film « Black Israël » (2003) montrait la diversité des Noirs de confession juive de par le monde.

    Il suit ici, en compagnie de sa fille Sarah qui a tenu la caméra en Afrique, l’itinéraire de Jacques Faïtlovitch, né en 1881 à Lodtz, alors en Russie.

Jacques Faïtlovitch   Jacques Faïtlovitch était orientaliste et linguiste, spécialiste des langues éthiopiennes (amharique, langue officielle de l’Éthiopie, parlée par plus du quart de la population ; gueze, , langue classique éthiopienne, encore aujourd’hui langue liturgique de l’Église d’Éthiopie).
Il était allé dès 1904 sur les traces de l’orientaliste Joseph Halévy, à la rencontre des Juifs d’Ethiopie. On les appelle de façon péjorative Falashas qui est un mot issu du guèze qui veut dire « émigrer » ou « sans terre », du fait de leur statut d’étrangers ayant interdiction de posséder la moindre parcelle de terre. Mais ils se nomment eux-mêmes Beta Israël (« la maison d’Israël »).
Pour Faïtlovitch, ces Juifs étaient en danger : les missionnaires chrétiens essayaient de les convertir. Il s’est alors battu pour obtenir le financement de sa propre mission -financement qu’il trouva auprès du Baron de Rotschild-, lui permettant d’intervenir en faveur des « tribus perdues d’Israël », pour lesquelles il a dédié sa vie.

    Le film « Jacques Faïtlovitch et les tribus perdues » est un documentaire classique construit sur l’alternance d’archives, de reportages et d’interviews avec un commentaire omniprésent. Il démarre sur une piste personnelle, éclairant ce qui rapproche Faïtlovitch et Dorès, et motive celui-ci dans ce travail : mêmes études, même intérêt pour l’Afrique. Mais il la délaisse vite pour adopter une neutralité de façade, non sans dégager les ambiguïtés de la démarche de Faïtlovitch, mais sans forcément les critiquer. Celui-ci se distingue en effet par son prosélytisme alors que le judaïsme ne le pratique pas. Il découvre pourtant en Ethiopie un autre judaïsme antérieur au Talmud, mais sa pensée coloniale prend le dessus : il faut les éduquer pour les intégrer au processus d’unification qui débouchera plus tard sur le regroupement des Juifs en terre d’Israël. Faïtlovitch est persuadé au début du XXe siècle que les Beta Israël croient « en l’avenir d’Israël ». Voilà ce qui les rapprocherait des Noirs d’Amérique qu’il avait côtoyés à New York : l’idée du retour.

    Miser sur l’éducation pour le développement intellectuel et l’émergence de leaders plutôt que sur la formation d’artisans pour un développement social : le débat sera vif. Faïtlovitch se battra pour créer une école en Ethiopie pour, conformément à sa propre biographie, favoriser « leur extraction d’un milieu traditionnel en restant fidèle aux siens ». Il s’oppose alors à l’incompréhension des institutions juives qui, dans l’esprit colonial, les considèrent comme des primitifs. Pour Dorès, Faïtlovitch a préparé leur « sauvetage » mais celui-ci consiste-t-il en une émancipation sur place ou un « retour » en Israël ? Cette tension bien connue est au centre du film comme du projet de Faïtlovitch.

    Le film se termine sur « le sauvetage » des Falashmouras de Gondar, Juifs convertis par les missionnaires et maintenant « en processus de réintégration du judaïsme » : 4000 d’entre eux pourront émigrer en Israël, sur les traces de l’exode clandestin de 8000 Juifs éthiopiens -la fameuse opération Moïse organisée par Israël et les Etats-Unis à la barbe du gouvernement éthiopien pendant la famine de 1984-, complétée par l’opération Josué de 1985 pour 800 personnes, puis par l’opération militaire Salomon de 1991 où Israël organise le transport de près de 15 000 Beta Israël.

    Pourtant, la bibliothèque de la maison de Faïtlovitch en Israël n’a pas été préservée sur place comme il l’avait demandé mais rassemblée à l’université de Tel Aviv : son combat de cinquante ans pour une école dédiée est resté sans suite. Dorès attribue ce manque à la communauté éthiopienne de Tel Aviv mais il insiste aussi sur les réticences à accepter les Juifs d’Ethiopie dans la société israélienne, voire à les reconnaître comme Juifs. Leur destin n’est pas exactement la terre promise à laquelle croyait Faïtlovitch, qui dans la mémoire qu’en propose Dorès reste un « justicier » décidé à « rassembler les exilés ».

 

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